William Guillon : Mythologies et Liberté de Création
William Guillon est un artiste-plasticien, sculpteur et directeur artistique. Alliant un savoir-faire artisanal à une incroyable puissance d’imagination, ce créatif a su forger une écriture reconnaissable et un univers global où les pièces ont des rôles, comme des personnages de mythes de science-fiction. Ils sont peu nombreux, les artistes à posséder une identité aussi forte. Du coup, il est assez simple d’adhérer ou de rejeter son univers. Mais lorsqu’on l’apprécie, on ne s’en lasse jamais et on en redemande toujours plus. William Guillon est un artiste qui peut provoquer une véritable collectionnite. Donc, avis à tous les susceptibles : laissez-vous aller ou partez en courant, avant qu’il ne soit trop tard.

Un Ovni de la Création
Malgré des années au gouvernail de son atelier, une présence dans de nombreuses galeries aux quatre coins du monde et des participations acclamées aux plus prestigieux rassemblements professionnels, William Guillon frémit encore, en proie à son syndrome d’imposteur. Il a tout appris sur le terrain, il a inventé ses techniques et il a conquis les marchés sans l’appui d’un diplôme en arts appliqués ou d’une école artisanale. Du coup, dans les grands salons de l’artisanat d’art, il se sent comme un ovni.
En voyant les créations de ses collègues artisans, William est rarement touché par la charge émotionnelle de l’œuvre. Il admire les prouesses techniques et la virtuosité de la maîtrise des savoir-faire. Il voit que l’artiste / artisan cherche à prouver ses capacités, à montrer qu’on peut dépasser ses maîtres et ses pairs, mais l’âme et l’imagination s’y perdent. L’artisan s’impose un carcan rigide, oubliant les envolées sentimentales et le droit à l’imperfection. On y trouve de la complexité et des inventions, mais peu d’émotions.
C’est tout le contraire de l’univers créatif de William. Lorsqu’il dessine ses pièces, il a envie de provoquer un effet, une émotion, d’exprimer un sentiment ou un regard sur le monde. Conscient de sa différence avec l’esprit du monde artisanal, William évite d’exposer dans ces rassemblements ou y fait des présences discrètes, à part.
Son égo ne se place pas dans son savoir-faire. En autodidacte, il écoute volontiers les conseils des professionnels, sachant qu’il fait beaucoup à sa manière. Sa façon de travailler la cire pour les moules de ses pièces est un peu branque, ses gestes sont imparfaits, mais il y met du cœur et de l’émotion. Du coup, son univers touche.
Les Sources
William Guillon puise son inspiration dans l’univers cinématographique, dans l’architecture ou dans les installations. Il cherche un ressenti. La musique y contribue, tout comme la silhouette élancée d’une église. Depuis quinze ans, l’artiste passe au moins deux fois par jour devant l’immense cathédrale Saint-André de Bordeaux. Ce bâtiment majestueux l’émerveille. Il aime observer les détails, trouvant toujours un élément qui avait échappé à son regard. William note les directions des voûtes, les lignes qui tendent vers le ciel, admire les gargouilles. Dans les films, il aime les passages en gros plan sur des textures ou des paysages. Il goûte aussi aux lumières brumeuses des installations d’art contemporain et se passionne pour les couvertures d’albums. Il ne copiera jamais leurs dessins, mais il en capte l’énergie et l’intention, qui résonnent avec son imaginaire et sa création.
À ses débuts artistiques, l’univers de Hans Ruedi Giger (artiste plasticien suisse – CD) a eu un fort impact sur William Guillon. Il appréciait les formes organiques, les néons et la science-fiction. Il aimait surtout l’idée de partager un univers avec d’autres personnes, pouvoir s’identifier à un monde imaginaire et fédérer des gens qui partagent les mêmes goûts. À cette époque, c’était un phénomène de niche. L’artiste suisse a, en quelque sorte, montré la voie artistique à William. D’autres inspirations lui sont venues des films, de la musique et des livres. Il avait une obsession pour le brutalisme et l’art nouveau. Dans la mode, il se retrouve dans des créateurs comme Rick Owens ou Yohji Yamamoto. William aime leurs œuvres noires aux formes organiques. Ne trouvant pas cet univers dans le design, dans des objets utilitaires, il décide d’apporter sa vision dans ce domaine.

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L’énergie des Œuvres
Les œuvres de William Guillon sont toujours longilignes, elles tendent vers le ciel. L’artiste a l’horreur de la mollesse. Du coup, il creuse, étire, crée des tensions. On a l’impression que, sous tension, la matière pourrait se briser. L’artiste s’amuse à dire que ses créations sont totalement dégraissées.
Ces lignes osseuses et tordues sont en partie inspirées par les mains de sa mère. Depuis l’âge de dix-neuf ans, elle vit avec beaucoup de résilience et de courage une polyarthrite rhumatoïde qui déforme en permanence ses articulations. Cette transformation hante l’esprit de William depuis son enfance. Il voit les mains de sa mère lorsqu’il dessine ses pièces. Plus généralement, les articulations sont très présentes dans son œuvre. On pourrait s’attendre à des nuances dramatiques et sombres que cette compassion pour la douleur de sa mère pourrait y communiquer. Du combat de sa mère, William retient sa force, sa soif de lumière et de joie à tout moment, malgré les inflammations de ses articulations. Cette femme a élevé trois enfants en travaillant sans relâche, sans jamais s’appitoyer sur son sort. Cette douleur en sourire, cette souffrance dans l’affirmation de la vie, ont une forte influence sur l’imaginaire de William et donnent une charge émotionnelle positive à ses créations en bronze.

Le Parcours
Tout a commencé dans le garage de son grand-père. Ce touche-à-tout construisait des ateliers en charpente métallique. Dans son garage, il y avait des outils et des déchets dont William s’est servi pour créer ses premières œuvres et commencer à appréhender la matière. Il aimait les pièces lourdes et volumineuses, comme des écrous et des rivets. En les assemblant, il créait des formes organiques. William a commencé par créer des serre-livres ; les lampes et les guéridons ont suivi, trouvant rapidement des preneurs dans le cercle familial et amical. C’est ainsi que l’artiste s’est initié au métal, en se découvrant une véritable passion pour ce matériau.
Dès l’âge de seize ans, William Guillon s’est lancé dans la création active. Il a commencé à dessiner, à faire des sculptures et des collages. Il en avait partout dans sa chambre. En une journée, il s’est transformé en artiste, et cela ne s’est plus arrêté. L’art et la mode l’intéressaient particulièrement. Ces deux passions l’ont mené à la formation de directeur artistique et de design graphique à Bordeaux.
En quatrième année d’études, William Guillon découvre l’atelier de Marine Breynaert. Cette collaboration lui a beaucoup appris, surtout sur les attentes des clients et les réseaux de distribution, essentiels pour la pérennité de l’artiste.

William Guillon n’a pas froid aux yeux. Diplôme en main, il se lance sans hésiter à son compte et ouvre son propre atelier. Le succès n’est pas au rendez-vous, mais l’artiste ne se décourage pas et persiste. Pour subvenir à ses besoins, il ne rechigne pas devant les petits boulots qui, souvent, lui permettent d’avancer dans son projet artistique. C’est grâce à un de ces emplois provisoires qu’il découvre la fonderie des Cyclopes, à côté de Bordeaux. William est reparti de la fonderie avec de la cire qui lui a ouvert une nouvelle perspective créative : sculpter les pièces issues de son imagination et les faire couler en bronze. Dès ses débuts, son talent lui a gagné le soutien des galeries. C’est ainsi que ses premières créations en bronze sculpté ont été pré-commandées par la galerie PHILIA. Faisant confiance au jeune créateur, les galeries ont acheté ses pièces sur dessin, lui permettant de se lancer dans l’aventure devenue désormais la marque de fabrique de son atelier.

Matériau Adoré
William Guillon travaille surtout avec le bronze blanc et doré. Là encore, le créateur se donne la liberté de prendre le risque : le bronze blanc est très compliqué à travailler. Il se soude mal, se casse. L’artiste aime l’effet qu’il crée et a appris à l’apprivoiser avec le temps. La première collection en bronze que William a développée était destinée à l’hôtel Yndo à Bordeaux. Le projet était très compliqué et long à produire. Depuis, profitant du soutien indéfectible de la propriétaire de l’hôtel, l’artiste a réalisé plusieurs pièces pour cet établissement. Cette collaboration prestigieuse a lancé sa carrière.

Processus Créatif
William Guillon a démarré ses activités en pleine crise des subprimes. Le modèle capitaliste était en proie à une nouvelle agonie. Les médias peignaient en noir l’avenir du monde. Ce malaise général a impacté la réflexion de William sur l’esthétique de l’époque et la trace qu’elle laisserait aux générations futures. L’artiste l’a qualifiée d’esthétique de la crise. Chaque grande époque se reconnaît à son style : sans aller très loin, on peut citer les courants bien précis des années 30, 50 ou 70.
Refusant le concept de collection, l’artiste parle de « mythologies ». Ses pièces ont des personnalités fortes. Ce sont des personnages des histoires que William raconte.
Le processus créatif de William Guillon commence toujours par l’écriture. Il écrit des histoires qui donnent naissance à des pièces possédant leur propre univers. William imagine ses œuvres comme membres d’une famille imaginaire, un peu particulière. L’artiste crée les règles, parfois même physiques, qui régissent leur histoire. Par exemple, dans la famille Désenchantés, toutes les pièces jouent avec la gravité, avec leurs pointes tournées vers le bas.
La musique a une influence majeure sur l’œuvre de William Guillon. Elle est omniprésente dans sa vie, l’enveloppe, le recharge, l’inspire. Fait surprenant : la soirée techno peut être le meilleur endroit pour faire surgir une multitude d’idées. Tout d’un coup, au milieu du vacarme, tout devient clair. Les angoisses et les doutes cèdent la place à la création.
Contrairement à d’autres artistes, William ne dessine pas beaucoup. Il réfléchit, imagine, crée des images dans son esprit. Son cerveau ne s’arrête jamais : les idées lui viennent au volant de la voiture ou dans un train. C’est quand il ne fait rien que son esprit sculpte de nouvelles créations. À un certain moment, l’artiste sent que l’idée est suffisamment aboutie : alors il prend son carnet et se met à dessiner. Il sait exactement où il va. Pour une mythologie, il ferait quarante-cinq croquis, et non deux cent mille. C’est le cas de la collection LV 426, une des plus diffusées de ses créations.
William dessine également pour son plaisir. De ces dessins intuitifs naissent des formes qui le surprennent et qu’il trouve assez intéressantes pour les explorer en objets fonctionnels. À force de pratique, le style s’est affirmé, et il ne dessine pas totalement au hasard. Mais, parfois, les contours sortent de nulle part, comme une révélation. L’imagination de William Guillon est débordante, et ses créations provoquent toujours une émotion vive, positive ou négative. Il est rare qu’elles laissent indifférent.

La Transmission
Il arrive à William Guillon de penser à la perception de son œuvre par les gens qui vivront dans cent ans. Certains connaisseurs disent qu’il crée des pièces en bronze avec un goût de fin de monde. L’artiste trouve que c’est assez juste, car ses créations témoignent de ce mal-être et d’une certaine résilience. En revanche, elles expriment surtout l’espoir. Elles ont une force intérieure qui leur permet de tenir, de tendre vers la lumière. Dans les objets qu’il crée, il n’y a ni abattement ni tristesse. On peut dire que l’œuvre de William Guillon respire sa confiance en l’avenir.
En pensant à son avenir, l’artiste développe son atelier, s’entoure de talents. Son équipe compte désormais six personnes aux savoir-faire complémentaires et à l’énergie commune, unies pour répondre à de nombreuses commandes et concevoir de nouvelles pièces, toujours dans l’innovation et le storytelling.
William Guillon est conscient de son parcours d’autodidacte. Malgré le succès et la reconnaissance, il lutte encore contre le syndrome de l’imposteur. Ce sentiment s’exacerbe lorsqu’il reçoit des apprentis ou la visite d’artisans aguerris, bien plus au fait des techniques que lui.

La Mode
William Guillon a une grande passion pour la mode. L’artiste est fasciné par cette capacité à occuper, voire envahir, plusieurs domaines de la vie humaine. La mode touche à de nombreux éléments de notre quotidien. Le directeur artistique actuel est un véritable visionnaire, un chef d’orchestre : il doit être capable de penser à la création, mais également à la vidéo, au défilé et à tant d’autres aspects de l’entreprise. William adore ce côté tentaculaire. C’est comme un architecte qui dessine une maison dans le moindre détail, jusqu’à la petite fourchette.
La mode est très différente de l’univers de l’architecture ou du design : elle va beaucoup plus vite. Mais peut-être que, dans cette hyperproductivité, elle a perdu en qualité. William aimerait que la mode ralentisse et qu’on recommence à créer peu, mais très qualitativement. Y participer est son rêve. Nous sommes certains qu’il se réalisera, pour lui donner une nouvelle occasion de laisser son empreinte créative.
Photos: Studio Furax7, Nicolas Seurot, Maison Mouton Noir, Studio Brinth, William Guillon
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