Ryo Hikosaka. De Tokyo à Paris : le Métal comme Langage, la Patine comme Identité
L’artiste japonais Ryo Hikosaka a choisi la patine comme langage différenciant de son expression artistique. Maîtrisant les techniques du travail du métal, il les associe pour transformer ses créations en cuivre et en laiton en œuvres d’art d’une grande sensibilité, nourries par sa double culture japonaise et française.
Artiste contemporain maîtrisant parfaitement les métiers de l’artisanat, il incarne ce mouvement actuel qui efface la frontière entre art et artisanat, plaçant l’excellence technique au service d’une pensée artistique exigeante.

Des Beaux-Arts de Tokyo à l’École Boulle
Ryo Hikosaka étudie aux Beaux-Arts de l’Université de Tokyo, où il apprend le repoussage, la ferronnerie et les techniques de travail du métal.
Un programme d’échange avec l’École Boulle transforme son parcours. Il y découvre une pédagogie très différente de celle du Japon. À sa grande surprise, il constate que le repoussage est peu pratiqué en France et, sous l’œil bienveillant de ses maîtres français, il perfectionne la ciselure et la gravure ornementale — techniques qu’il utilise encore aujourd’hui pour la finition de ses pièces.
Le contraste entre les deux approches marque durablement son apprentissage. Au Japon, l’enseignement est polyvalent ; en France, il est très spécialisé, chaque technique clairement séparée. Cette spécialisation lui permet d’aller plus loin dans son travail des patines et d’acquérir un savoir-faire structuré, moins intuitif que l’approche japonaise.
Son passage par les Beaux-Arts de Tokyo, dont le concours d’entrée est d’une difficulté extrême, lui donne un bagage artistique et technique solide. L’enseignement vise à ouvrir l’horizon, à faire découvrir une grande diversité de métiers. On ne se spécialise pas immédiatement, ce qui offre une réelle liberté et une connaissance élargie des pratiques. Très exigeante et fondée sur le dessin académique occidental, cette formation lui donne des bases graphiques remarquables.
Plus tard, il associera ce dessin technique japonais aux patines françaises et aux connaissances picturales apprises au Japon.

Le Choix de la Dinanderie : Une Histoire de Transmission
Au début de ses études universitaires, Ryo ne pense pas encore à un métier. La dinanderie s’impose pourtant à lui, presque malgré lui : un jour, après un exercice, l’odeur du métal sur ses mains lui rappelle celle de son père, dinandier avant lui.
Cette réminiscence décide de son orientation. Il suit ses pas, sans pression, mais avec la fierté silencieuse d’inscrire son travail dans une lignée.
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À la Conquête de la France
Après un premier séjour à Paris, il retourne terminer son master au Japon. Malgré des propositions d’emploi prestigieuses, il choisit la France. Ici, dit-il, « le statut d’artiste est plus agréable », même si ses débuts sont difficiles.
Il réalise des travaux de rénovation pour vivre et consacre son temps libre à parcourir les écoles d’art parisiennes avec son portfolio. C’est ainsi qu’il rencontre le sculpteur Hervé Wahlen, qui l’invite dans son atelier.
Hikosaka y perfectionne la patine, réalise ses premières pièces, expose son travail. Une de ses œuvres attire l’attention de Steaven Richard, qui l’engage comme patineur.
À cette époque, l’atelier de Steaven Richard n’a pas de spécialiste de la patine. Au gré des commandes, Ryo expérimente, apprend, affine ses couleurs et ses textures — qui deviennent sa signature.
Ryo reste cinq ans chez Steaven Richard avant d’ouvrir son propre atelier.

Trouver son Langage Artistique
Ryo Hikosaka se tient à la frontière entre artisan et artiste.
L’artisan démontre une maîtrise technique ; l’artiste exprime une idée. Son travail cherche l’équilibre : la technique au service du concept, le concept nourri par la technique.
Il crée aujourd’hui ses œuvres personnelles — tableaux sur métal, luminaires, mobilier — tout en collaborant avec des maisons de luxe, où la demande de patines complexes est forte. Cette synergie est précieuse : ces maisons partagent avec lui l’ancrage dans les savoir-faire et l’exigence de l’excellence.
Le cuivre, le bronze et le laiton restent ses matériaux de prédilection, pour leur capacité à développer des oxydations riches et nuancées.

Partage, Transmission et Cultures Croisées
Contrairement à l’attitude, parfois répandue chez les grands maîtres, consistant à protéger des « secrets », Ryo transmet intégralement ce qu’il sait à ceux qu’il forme. Pour lui, la technique est un alphabet : chacun l’apprend, puis crée son propre langage.
La création de l’artiste évolue au contact de deux univers : l’abstraction appréciée en Occident, la figuration plébiscitée au Japon.
Cette double culture enrichit son expression et donne à ses pièces des nuances japonisantes sur un design souvent occidental.

Art, Commandes et Reconnaissance
L’activité créative de Ryo Hikosaka repose désormais sur trois axes :
— la création personnelle,
— les collaborations avec des ateliers,
— les commandes pour les maisons de luxe telles que Cartier ou Tiffany.
Les salons professionnels — notamment Révélations et les Rendez-vous de la Matière — lui permettent d’exposer, de rencontrer son public, de baigner dans l’effervescence créative de ses pairs et de générer de nouvelles commandes.
La participation aux salons prestigieux a permis à Ryo Hikosaka d’élargir son cercle de contacts et de rencontrer des architectes engagés dans des projets d’envergure.
Ces rencontres renforcent la trajectoire ascendante de l’artisan-artiste, qui poursuit l’affinement de ses techniques et la maîtrise de ses matériaux, nourrissant un dialogue constant entre savoir-faire et imagination.
- Laura Demichelis – Bronzier d’Art, Artiste, Novatrice

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