Feutre en majesté : l’univers contemporain d’Aurélia Westray
Aurélia Westray est une artiste plasticienne française qui explore le potentiel créatif du feutre. La rencontre avec ce matériau, longtemps relégué au rang de textile “pauvre” et “désuet”, a déclenché le torrent créatif qui cherchait sa voie depuis ses années d’étude. Cette découverte fut une évidence : un alignement parfait entre une quête artistique et les possibilités d’une fibre naturelle. Depuis, Aurélia en explore chaque nuance, en repousse les limites et compose des œuvres singulières, immédiatement reconnaissables par leur modernité. Un portrait d’artiste, et l’hommage à un matériau qui n’a jamais été aussi actuel.

Feutre ancestral, vision contemporaine
Aux origines de notre civilisation, le feutre compte parmi les premiers textiles créés par l’homme. Sans nécessiter des outils complexes, il offrait chaleur, protection et accompagnait la sédentarisation.
Malgré ce passé fondateur, le feutre a perdu son prestige dans la décoration contemporaine, tout comme la laine. Il a connu une brève embellie dans les années 70, puis a été cantonné aux accessoires vestimentaires — notamment les chapeaux — et aux loisirs créatifs. Les objets présentés sur les marchés artisanaux n’ont pas vraiment aidé à réhabiliter sa réputation.
Pourtant, ses qualités thermiques et acoustiques l’ont rendu indispensable dans l’industrie : automobile, bâtiment, amortisseurs, ou encore patins de frein du TGV.
Et malgré son image vieillotte, le feutre répond parfaitement aux attentes actuelles : matériaux naturels, faible impact environnemental, isolation thermique et acoustique, respirabilité. On oublie que la fibre laineuse est vivante, déperlante, résistante et bien plus sophistiquée qu’il n’y paraît.

Quand le feutre devient révélation
Aurélia Westray fait partie des ferventes défenseuses de ce matériau noble. Par ses expérimentations, elle lui redonne une visibilité contemporaine.
Étudiante en arts appliqués, elle nourrissait déjà une fascination pour les textiles. Son premier emploi dans le prêt-à-porter la conduit vers la chapellerie. Un stage sur la laine feutrée déclenche alors un véritable coup de foudre : la fibre devient pour elle un outil pictural. Une révélation qui modifie radicalement sa trajectoire.
Bien que le feutre puisse s’apprendre en autodidacte, Aurélia choisit de se former auprès des meilleures. À Aubusson, dans la Creuse, cœur historique du feutre français, les feutrières perpétuent un savoir-faire précieux, avec amour et respect.
Aurélia rencontre une professeure exceptionnelle. Elle s’approprie ses techniques, les détourne, les transforme, jusqu’à forger sa propre écriture artistique — aujourd’hui sa signature.
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La laine française au service de l’art
La laine blanche française constitue la base de toutes les œuvres d’Aurélia Westray. Engagée dans la valorisation du patrimoine local, elle privilégie les circuits courts et travaille en lien direct avec des éleveurs.
Elle affirme ainsi l’absence de maltraitance : la tonte fait partie du cycle naturel, et la laine non utilisée est simplement jetée. Dans ses créations, au moins 70 % des fibres sont françaises, provenant du Massif Central ou des Alpes-de-Haute-Provence. Un matériau superbe, disponible, durable.
Pour les fibres colorées, Aurélia fait appel à des fabricants néo-zélandais réputés pour la stabilité de leurs teintes — indispensable, car la création du feutre exige de nombreux lavages.

Peindre avec la fibre, sculpter la lumière
Ses premières explorations étaient liées au vêtement, mais très vite, Aurélia se tourne vers l’architecture et la décoration. Le feutre devient alors sa palette pour créer des surfaces planes puis sculpturales, entre peinture et tapisserie.
Le rapport physique à la matière est central : un véritable corps-à-corps, un dialogue où la fibre teste les limites du corps autant que de l’imaginaire.
La création commence par des sensations olfactives et tactiles, se poursuit dans le dessin, puis dans la visualisation du lieu où l’œuvre prendra place. La gestation est essentielle. Viennent ensuite les échantillons, puis l’exécution finale, dictée autant par les capacités physiques que par la technique.
Aurélia fait oublier l’image rustique du feutre. Elle explore sa translucidité, sa finesse, ses qualités graphiques. Chaque geste est maîtrisé ; chaque détail, anticipé — comme une construction architecturale. La fibre permet surfaces planes, volumes, creux et jeux de lumière. L’artiste sculpte désormais la matière comme on modèle une œuvre.
Tout est fait à la main, et les formats sont limités par les capacités physiques de l’artiste : aujourd’hui, 1,80 m × 1,50 m. Les machines permettent des formats immenses, mais jamais les effets qu’elle crée.
La gamme chromatique d’Aurélia tranche avec les tendances pastel du moment : elle est baroque, vive, assumée. Aux Rendez-Vous de la Matière, cette audace a séduit les architectes, confirmant la pertinence de sa démarche.
Ses tableaux trouvent place dans les salons et chambres ; ses panneaux de feutre, eux, servent aussi d’isolants acoustiques. Ils allient beauté et technicité. Son savoir-faire attire aujourd’hui fabricants d’enceintes, architectes hôteliers et designers d’espace.

Lac Léman, montagnes et inspirations japonaises
L’enfance d’Aurélia Westray est marquée par la proximité du Lac Léman. Vivant sur les hauteurs, elle observait le lac changer de couleur au rythme de la lumière et de la météo. Les balades le long de l’eau, au plus près de la nature, ont laissé une empreinte durable dans son imaginaire. Ces souvenirs nourrissent aujourd’hui sa recherche de transparence et de reflets.
Installée désormais en région montagneuse, l’artiste reste profondément sensible à son environnement : les arbres, les cours d’eau, les variations chromatiques du paysage s’invitent dans ses compositions.
L’art japonais l’inspire également. Le Nuno Silk, d’abord — même si elle ne pratique pas cette technique mêlant soie et laine pour créer un textile non tissé. En France, Laurine Malengreau en est l’une des grandes spécialistes. Le Shibori (connu en Occident comme le Tie and Dye) stimule aussi son imagination. Plus largement, Aurélia cherche à brouiller les pistes, à faire oublier le matériau pour créer des illusions visuelles : pierre, dentelle, surface minérale ? Les références varient et s’entremêlent pour faire naître des effets totalement nouveaux.
Une autre artiste compte beaucoup pour elle : Claudy Jongstra, dont les œuvres monumentales d’une grande intensité ouvrent la voie à une reconnaissance muséale du feutre et à sa présence dans de prestigieuses collections privées.

Explorations audacieuses et perspectives infinies
Aurélia Westray a su construire un style reconnaissable : œuvres colorées, graphiques, étonnantes. Et elle n’en est qu’au début.
Elle explore désormais des associations inédites : feutre et mosaïque, verre, inox. Elle cherche des contrastes forts et des solutions architecturales nouvelles.
Son imaginaire, allié à l’intérêt croissant du milieu artistique, ouvre des perspectives enthousiasmantes. Une évolution à suivre de très près.
- Laura Demichelis – Bronzier d’Art, Artiste, Novatrice

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