Dora Stanczel : la porcelaine comme langage
Formée à l’art numérique et titulaire d’un master en art, Dora Stanczel a d’abord exploré les installations sonores et vidéo avant de réaliser que son rapport à la création devait être physique. Elle avait besoin de ce corps-à-corps conflictuel et amoureux à la fois. La matière est venue pour provoquer un coup de foudre immédiat. Dora a découvert d’abord la céramique mais c’est la porcelaine qui a gagné son cœur. Depuis, elle ne la quitte plus : elle s’installe dans un atelier, s’équipe des fours, consacre des années à la conquête de cette matière complexe. Dans cette quête, Dora Snaczel a forgé son style, sa signature artistique. Elle est unique. Et facilement reconnaissable.

La Matière qui ne Tolère pas de Tricherie
Pour Dora Stanczel, la porcelaine n’est pas simplement un matériau : c’est une matière vivante, exigeante, dotée d’une mémoire qui n’accepte pas d’erreurs. « On ne peut pas tricher avec la porcelaine », explique-t-elle. La porcelaine garde la mémoire de vos ratures et elles ressortent à la cuisson. De la complexité de cette matière naît son intérêt. Dora marche aux défis et c’en est de taille. Son apprentissage passe par la maîtrise des cuissons, l’anticipation des transformations et des déformations qui n’est possible que grâce à un dialogue constant avec la matière. Pendant des années, Dora s’est acharnée à faire des pièces parfaites, fonctionnelles. Mais elles ne la touchaient pas. Depuis, oubliant les sentiers battus, l’artiste ne cherche pas des créations parfaites, mais poursuit l’exploration des accidents, des erreurs orientées, transformées en œuvres singulières.

La porcelaine, membre de la famille des céramiques de haute température, demande un savoir-faire pointu. Les ingrédients — kaolin, quartz, feldspath — sont précieux, parfois rares, et les recettes des manufactures demeurent jalousement gardées. À Limoges, la rareté du kaolin renforce encore sa valeur. Ne cherchant pas les approbations unanimes, Dora Stanczel ne cherche pas à garder soigneusement les traditions. Elle cherche à sortir du cadre, à innover, à détourner les techniques ancestrales pour préserver à sa façon et réinventer ce savoir-faire millénaire.

Rester en Mouvement, dans le Moment, dans la Matière pour en Révéler la Nature Profonde
Ses premières pièces utilitaires ont rapidement cédé la place à des créations plus artistiques. S’inspirant de son environnement, Dora puise l’énergie créative dans la nature et l’histoire. La côte atlantique, avec ses blocs de béton de la Seconde Guerre mondiale, inspire l’idée des refuges en porcelaine, jouant sur le contraste entre la robustesse de la forme et la fragilité de la matière. L’océan, avec ses vagues et spirales, trouve une résonance dans la forme et l’équilibre de ses œuvres. Les drapés, telles des vagues, travaillés depuis près d’une décennie, restent un motif récurrent, témoin de sa signature.
La porcelaine permet à Dora Stanczel d’explorer fragilité, transparence et translucidité. Ses pièces fragmentées, ondulées, comme celles exposées à New York, relèvent d’un véritable puzzle créatif : chaque élément doit trouver sa place dans un tout et ce n’est pas toujours évident vu la complexité des lignes qui ne s’emboîtent pas à tous les coups. La matière, imposante et légère à la fois, dialogue avec d’autres matériaux dans des collaborations, comme avec la sculptrice Tiziana Scaciga, où la porcelaine «donne des ailes» à la pierre.

Minimaliste dans l’usage de la couleur, Dora Stanczel voue au blanc de la matière une adoration émerveillée. La lumière et le volume contribuent à révéler la beauté intrinsèque de ce matériau noble. Ses recherches aboutissent à une signature reconnaissable, centrée sur l’imperfection et la co-création avec la matière. Ses masterclasses transmettent ce langage singulier : comprendre le matériau pour inventer sa propre gestuelle et son vocabulaire artistique.
L’océan inspire ses formes, mais c’est aussi le kayak sportif qui lui enseigne la vigilance et l’équilibre, qualités transposées dans la création. L’artiste souligne l’importance de la solitude pour la concentration et la rencontre intime avec la matière, où chaque session devient une découverte, presque une rencontre avec une nouvelle personne.

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Affronter le Vide et la Solitude pour les Transformer en Messages Riches de Sens
Devenue cheffe d’entreprise décidée à se prendre au sérieux, Dora Stanczel a affronté solitude et résistance, mais persévère dans un langage esthétique fort et personnel. Ses amphores récentes témoignent de sa réflexion sur le temps, les civilisations, et l’âme des objets. Ses créations sont autant une métaphore du corps féminin qu’un hommage à la durabilité et à la puissance de la porcelaine.
Pour Dora Stanczel, créer c’est résister : résister à la disparition des savoir-faire, résister à la répétition, résister aux codes établis. Chaque jour, elle expérimente, recycle, invente, et s’assure que la porcelaine, si fragile en apparence, reste un langage vivant et résolument contemporain.
- Laura Demichelis – Bronzier d’Art, Artiste, Novatrice

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